Journées Gestion 2015

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    Témoignages D'agriculteurs

    Odile, maraichère dans l’Hérault :

    « Je me suis installée il y a 5 ans après avoir été salariée dans plusieurs structures maraichères. Je produis des légumes sous oliviers, avec un système de buttes paillées. Le choix de l’agroforesterie* est venu au départ de la présence des oliviers sur la parcelle trouvée. Il a fallu que je trouve des solutions pour travailler entre des rangs serrés (arbres espacés de 6 mètres), pour adapter l’arrosage et la fertilisation... J’ai dû adapter mon matériel au site. Je me suis spécialisée dans les tomates anciennes, avec des semences paysannes, que je mets dans les paniers vendus et je fournis des restaurants. J’ai aussi créé une activité d’ateliers pédagogiques.


    Sur ces systèmes associant arbres et cultures maraichères, on trouve peu de ressources quand on se lance. Tout est à créer soi-même en fonction de son contexte. J’ai appris à connaître le fonctionnement des oliviers, qui font des racines en profondeur. J’ai laissé des bandes enherbées qui permettent à une biodiversité de plantes et d’animaux de se développer. J’ai beaucoup observé et appris à travailler avec la biodiversité plutôt que contre. J’ai cherché un équilibre entre plantes cultivées et plantes sauvages qui peuvent être des alliées. Il a fallu que je gère les pics de travail, entre la préparation du sol, la plantation et la récolte des légumes, la production de semis, les ateliers pédagogiques et la récolte des olives.


    Les choses se calent au fil du temps. J’observe une amélioration de mon sol grâce aux interactions arbres/légumes. J’ai été accompagnée par Terres Vivantes par rapport à mon projet d’installation et sur le domaine économique. Je suis doucement en train d’augmenter mes résultats économiques, en réfléchissant au coût des intrants. Et j’ai rencontré Agroof avec le projet Abratatouille** pour m’associer à des expérimentations sur les itinéraires techniques.»

    * L’agroforesterie est « l’association, sur une même surface, d’arbres et de productions agricoles. Pour créer une parcelle agroforestière, on peut éclaircir une surface boisée et y introduire des cultures ou des pâtures. Mais plus souvent, on plantera des arbres à faible densité sur une surface cultivée ou pâturée. Dans les deux cas, on obtient un système original, mixte. Une parcelle agroforestière a une double vocation de production : annuelle (culture ou pâture) et différée à long terme (bois et autres produits de l’arbre). Mais c’est surtout une autre manière de produire, en protégeant la biodiversité, les sols et les eaux, en produisant des matériaux renouvelables, en constituant une trame verte dans les espaces cultivés » (Christian Dupraz, Inra Montpellier, Président de l’Association Française d’Agroforesterie)
    ** http://www.agroof.net/agroof_dev/agroof_arbratatouille.html

    Michel, agriculteur dans l’Ain :


    « Je suis agriculteur dans le nord de l’Ain, en Bresse. J’ai 76ha de cultures (méteil, soja…) et 35ha de prairies. Je fais de l’engraissement et des poulets de Bresse.


    J’avais suivi à l’automne 2008 une formation de 2 jours avec le CETA local sur les Techniques Culturales Simplifiées. A l’époque, j’avais 40ha de cultures avec labour (céréales d’automne et maïs) et j’ai alors fait la moitié de ma surface en non-labour. Puis au bout de 3 ans, j’ai complètement arrêté le labour et mis en place des couverts en interculture. A ce moment là, j’ai commencé à avoir une baisse de rendement (de 60 à 30 quintaux) et donc de résultat. Ma trésorerie s’est dégradée. Je n’avais plus de filet de sécurité car j’avais vendu ma charrue à un voisin qui en avait besoin et j’étais envahi par les mauvaises herbes. Je faisais un désherbage en post-semis mais il y avait toujours des herbes qui restaient en surface.

    J’étais alors un des rares dans la région à faire du non-labour. Dans mon CETA, les autres agriculteurs étaient en conventionnel et utilisaient du rondup pour lutter contre l’enherbement. Moi, je voulais limiter mes traitements phyto. Les conseils que j’ai reçus n’ont pas été à la hauteur. Mon problème de désherbage n’intéressait personne, je me suis senti tout seul.

    Ça m’a pris 3 ans à redresser la barre, en réfléchissant, en me formant (AFOCG, RAD…). Je suis allé chercher différents avis. Comme je suis un peu têtu, j’ai continué. J’aime bien expérimenter, voir ce que l’on nous dit si ça marche ou pas. Maintenant, je fais du travail superficiel du sol, pas de semis direct comme la méthode prônée par certains. J’ai adapté les méthodes à mon contexte. Ma terre est plus fine et je peux travailler plus vite.


    Avec le recul et la formation suivie à l’AFOCG, je me dis qu’il faut du temps pour se rendre compte des modifications induites par un changement de pratique, les comprendre et observer les premiers résultats. Quand on change de pratiques, c’est bien d’avoir un suivi sur la durée car c’est un réel changement de système. »