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    Faire évoluer son projet de l’installation à la fin de carrière

    Pourquoi ce thème ?

    En amont de l’installation en agriculture, il y a tous les questionnements et toutes les projections autour du projet. Puis arrive la période de la mise en œuvre du projet, aux rythmes diversifiés selon les situations des porteurs de projet, source de nouveaux questionnements et de nouvelles décisions qui peuvent s’écarter des projections précédemment réalisées. Dans ces étapes originelles, l’accompagnement des Afocg concerne l’établissement des projections, et aussi l’expression du projet, de son appropriation à son intégration progressive dans l’environnement. Par ailleurs, en creux de l’installation, la sortie du métier dans le cadre du départ en retraite, est une étape en vue de laquelle et lors de laquelle se posent également des questions et des projections. Les Afocg accompagnent également les agriculteurs situés dans cette dynamique de changement, à des temporalités plus ou moins éloignées de l’échéance future, tant sur le plan humain (mental, physique), que sur le plan économique et social.


    Du début à la fin de carrière, trois témoignages de formation sont proposés :

    • Rémi, jeune maraîcher accompagné par l’Afocg Puy-de-Dôme en 2015, au moment de son installation
    • Odile, maraîchère en agroforesterie, accompagnée depuis 2013 par Terres Vivantes les années suivant son installation dans le cadre du parcours comptabilité-gestion
    • Marie, viticultrice accompagnée par l’Afocg de la Gironde dans le cadre d’une réflexion sur la fin de carrière

    Témoignages d’agriculteurs

    S’approprier son projet lors de l’installation (Rémi, Afocg du Puy-de-Dôme, maraîchage) :

    « Je viens de faire mes premières saisies comptables, je sors tout juste de la fleur. Hors-cadre familial, je me suis installé dans le sud du Puy-de-Dôme sur des terres argilo-sableuses (anciennes prairies familiales fauchées deux fois par an). J’avais auparavant déjà travaillé plus de trois saisons dans le maraîchage. J’avais beaucoup d’apports de mon côté, pour m’installer avec de l’électricité sur mon terrain me permettant d’assurer la mise en place d’un système d’irrigation. J’ai investi dans 700m² de serres, un forage, un tracteur, une herse rotative. Environ 30 000 euros d’investissements au total. Je vends environ deux tiers de mes légumes en vente directe. Mon chiffre d’affaires se situe cette année autour de 32 000 euros, avec un excédent brut d’exploitation de 16 000 euros. Mes inquiétudes au moment de l’installation concernaient les éventuels ravages liés aux taupins, ainsi que le besoin d’investissements supplémentaires pour le stockage, le transport etc. … Je travaillais sept jours sur sept au démarrage, avec en plus l’aide de ma compagne et de mon cousin quelques heures par semaine. C’est ce que je prévoyais.
    La formation avec l’Afocg m’a permis de dédramatiser l’étape du plan d’entreprises avec la Chambre, et de ne pas me sentir seul en phase d’installation en échangeant avec d’autres porteurs de projet. »


    Revisiter son projet après l’installation (Odile, Terres Vivantes) :

    « J’ai rencontré Terres Vivantes alors que j’étais dans une situation compliquée. Je m’étais trompée dans une déclaration auprès de Pôle Emploi, il a fallu que je les rembourse. Financièrement, c’est devenu compliqué : on m’a proposé un crédit amical sur un an et demi pour assurer mes investissements et pour pouvoir rembourser. Par ailleurs, j’avais un problème de statut avec la MSA. J’étais installée sur une petite surface, et la MSA m’a répondu que je n’étais pas agricultrice à titre principale à 0,3 points près de coefficient. J’ai donc pris la décision de ne pas m’occuper de cela. J’ai continué à faire avancer ma ferme, et aujourd’hui, cela va mieux. Mais ce problème de statut a impacté mon installation. Cela a créé du souci, on ne se sent pas légitime.
    Ce qui a découlé de cette rencontre avec Terres Vivantes, c’est le chiffrage d’investissements, que j’avais notamment au départ réalisé pour la mise en place d’un atelier poules pondeuses, pour lequel j’avais ensuite souscrit un crédit solidaire. Mais une opportunité de fermage en cours de route m’a fait changer cette décision-là. C’est l’intérêt des petites structures, qui sont à la fois fragiles et tributaires des aléas, mais aussi adaptables à des changements de situation assez brutales parfois. Pour moi a alors commencé ce suivi de trois ans de parcours comptabilité-gestion, pour essayer de mieux comprendre mes chiffres et pour apprendre à gérer au mieux. J’ai réalisé pendant ce parcours que le fermage de la vigne était cher, et que je me retrouvais au mois de juillet avec une double tâche : être présente dans le jardin en agroforesterie et aux prises avec ma vente directe, et assurer la récolte du raisin de table. On fait du coup une analyse assez fine de ce que m’apporte cet atelier au niveau rentabilité (je sauve pour l’instant les meubles), et au niveau commercial (élargissement de ma gamme de produits, stocks à l’année…). Cet atelier qui ne me rapporte pas beaucoup, me sauve par ailleurs ma trésorerie, donc je décide en 2013 de conserver cet atelier. Cette formation m’a permis de prendre de la distance et de prendre des décisions sur ce qui se passait sur mon exploitation. Puis en 2014, lors de la formation comptabilité-gestion, on constate que le fermage a augmenté et le poste entretien-réparations également (mon camion m’ayant lâché en pleine saison viticole). Je prends conscience que je ne vis pas très bien cette période de double récolte. J’ai donc pris la décision de planter de la vigne chez moi et d’attendre, en lâchant prise, et de faire un crédit solidaire pour un nouveau véhicule, pour lequel je me sentais alors en confiance. J’ai pu alors me consacrer à mon jardin et de moins me disperser.
    La formation m’a permis d’avoir des idées de développement en échangeant avec d’autres. Cela permet de se situer dans l’agriculture locale, de bénéficier d’une sorte d’entraide. Par ailleurs, cela m’a permis de mettre des mots sur ce que je vivais, dans des situations un peu difficiles. Ça m’a permis de dénouer des choses qui m’ont aidé par la suite, et de prendre ensuite des décisions plus sereines ».


    Repenser sa stratégie d’entreprise en fin de carrière (Marie, Afocg de la Gironde, viticulture) :

    « Nous avons repris la ferme en 1981 avec mon mari, avec l’objectif d’être producteurs tout en ayant du temps pour sa vie familiale et sociale. Ceci a bien marché jusqu’au début des années 2000, où l’on a vécu un véritable tournant économique : il a fallu apprendre à vendre son vin soi-même. On a changé de métier, on est rentrés dans une approche commerciale et en 2008, on a failli arrêter. Cette année-là, on a décidé de se convertir à l’agriculture biologique, nous sommes alors repartis dans une dynamique positive.
    Il y a quelques années, lorsque j’ai commencé à parler d’arrêter à mon mari, il se fâchait. Il donnait tellement d’énergie au travail… Cette formation nous a facilité le fait d’aborder la question. Lors de cette formation, à laquelle deux hommes et deux femmes entre 50 et 58 ans ont participé, il y avait aussi la question de comment arrêter à la retraite en bon état ? Je voulais pour ma part commencer à déléguer tout ce qui était physique, difficile. On fait aujourd’hui appel à un groupement d’employeurs pour le travail des vignes et pour soulager Jean-François, on a embauché un tractoriste. J’ai aussi réalisé qu’il y avait des choses que je ne voulais pas déléguer. Le groupe m’a facilité le fait de m’autoriser à dire que j’étais fatiguée, même si mon mari pensait différemment. Et aussi de commencer à penser à quoi faire à part le travail, surtout du côté des femmes. Concrètement, chacun a fait part de ses questions et à décrit ses étapes de vie. Puis, chacun a tracé sa courbe d’évolution d’aujourd’hui jusqu’à la fin de sa carrière pour encourager la projection.
    Par ailleurs, cette formation m’a permis de clarifier des choses concernant la transmission : transmission du patrimoine, transmission de l’entreprise… Elle a permis de poser les bases d’une réflexion sur les investissements à mener d’ici l’arrêt : lesquels sont ou non pertinents. Et de réfléchir à la transmission en dehors de la famille, ou à la non-transmission, mon mari n’envisageant à la base de transmettre la ferme qu’à un de nos fils alors qu’il est très probable qu’aucun d’entre eux ne reprendra ».

    Ce qui a été mis en place dans les Afocg

    Jean-Paul (Afocg du Puy-de-Dôme) :

    « Plusieurs adhérents étaient en demande de mieux maîtriser leur projet lors de l’installation. Le Conseil d’Administration de l’Afocg a alors décidé de monter cette formation à destination des porteurs de projet en fin de construction de leur PDE, constituée dans l’idéal d’une journée avant l’installation et d’une journée après, afin d’essayer de rapprocher cette notion de projet avec la réalité. Les principaux projets d’installation dans le Puy-de-Dôme sont en maraîchage, arboriculture, apiculture, plantes médicinales… A l’Afocg, ce qu’on propose est complémentaire du parcours installation. Cette formation permet de mettre en lumière les points de vigilance en termes de temps de travail, d’économie et également de réfléchir à ce qui se passe lorsqu’on travaille seul ».


    Marie-Laure et Lydie (Terres Vivantes) :

    « A Terres Vivantes dans l’Hérault, 150 à 200 personnes sont accueillies chaque année, dont 100 à 150 pendant et après leur installation. En Pyrénées Orientales, l’effectif est à peu près de moitié pour Terres Vivantes. Il y a beaucoup d’installations progressives… Quelles dates d’installation prend-on en compte pour un agriculteur : l’attribution d’un numéro Siret ou l’accès au statut d’agriculteur à titre principal à la MSA ? Pour le parcours de comptabilité-gestion avec les nouveaux installés, il dure deux à trois jours de formation, consacrés d’abord au classement des factures et à l’analyse de la saisie, puis à l’analyse du plan de trésorerie mensuel la première journée. La deuxième journée, on produit un bilan et on commence à analyser en faisant un point sur les stocks, les investissements, les prélèvements etc. …La dernière journée est consacrée à la projection sur l’année qui va venir, en repartant sur un plan de trésorerie prévisionnel. Cette formation permet de s’approprier ces outils et de comprendre ses résultats, en apprenant à gérer à petits pas. »