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    Découvrir et mettre en place de nouvelles pratiques agro-écologiques sur son exploitation

    Pourquoi ce thème ?

    Nous sommes dans des prises de conscience et des débats (ex. COP 21) qui nous incitent à revoir nos modes de production et de consommation. Pour mettre en place de nouvelles pratiques, il y a besoin d’expérimenter, de plus travailler avec l’observation du vivant, de faire des essais. Certains marchent, d’autres moins ou mettent du temps à trouver un équilibre… d’où l’importance des échanges avec des collègues, d’être accompagné, de prendre du recul. Et à ce niveau-là, les AFOCG ont un rôle à jouer. S’intéresser à l’agroécologie est un aspect motivant du métier d’agriculteur car cela donne du sens à ce qu’on fait au quotidien.


    3 témoignages ont été présentés :

    • Découvrir l’agroécologie (avec le bureau d’étude Agroof et une maraichère de l’Hérault)
    • Accompagner le changement de système (formation mise en place par l’Afocg de l’Ain)
    • Connaitre les GIEE (intervention du ministère de l’agriculture)

    Témoignages D'agriculteurs

    Odile, maraichère dans l’Hérault :

    « Je me suis installée il y a 5 ans après avoir été salariée dans plusieurs structures maraichères. Je produis des légumes sous oliviers, avec un système de buttes paillées. Le choix de l’agroforesterie* est venu au départ de la présence des oliviers sur la parcelle trouvée. Il a fallu que je trouve des solutions pour travailler entre des rangs serrés (arbres espacés de 6 mètres), pour adapter l’arrosage et la fertilisation... J’ai dû adapter mon matériel au site. Je me suis spécialisée dans les tomates anciennes, avec des semences paysannes, que je mets dans les paniers vendus et je fournis des restaurants. J’ai aussi créé une activité d’ateliers pédagogiques.


    Sur ces systèmes associant arbres et cultures maraichères, on trouve peu de ressources quand on se lance. Tout est à créer soi-même en fonction de son contexte. J’ai appris à connaître le fonctionnement des oliviers, qui font des racines en profondeur. J’ai laissé des bandes enherbées qui permettent à une biodiversité de plantes et d’animaux de se développer. J’ai beaucoup observé et appris à travailler avec la biodiversité plutôt que contre. J’ai cherché un équilibre entre plantes cultivées et plantes sauvages qui peuvent être des alliées. Il a fallu que je gère les pics de travail, entre la préparation du sol, la plantation et la récolte des légumes, la production de semis, les ateliers pédagogiques et la récolte des olives.


    Les choses se calent au fil du temps. J’observe une amélioration de mon sol grâce aux interactions arbres/légumes. J’ai été accompagnée par Terres Vivantes par rapport à mon projet d’installation et sur le domaine économique. Je suis doucement en train d’augmenter mes résultats économiques, en réfléchissant au coût des intrants. Et j’ai rencontré Agroof avec le projet Abratatouille** pour m’associer à des expérimentations sur les itinéraires techniques.»

    * L’agroforesterie est « l’association, sur une même surface, d’arbres et de productions agricoles. Pour créer une parcelle agroforestière, on peut éclaircir une surface boisée et y introduire des cultures ou des pâtures. Mais plus souvent, on plantera des arbres à faible densité sur une surface cultivée ou pâturée. Dans les deux cas, on obtient un système original, mixte. Une parcelle agroforestière a une double vocation de production : annuelle (culture ou pâture) et différée à long terme (bois et autres produits de l’arbre). Mais c’est surtout une autre manière de produire, en protégeant la biodiversité, les sols et les eaux, en produisant des matériaux renouvelables, en constituant une trame verte dans les espaces cultivés » (Christian Dupraz, Inra Montpellier, Président de l’Association Française d’Agroforesterie)
    ** http://www.agroof.net/agroof_dev/agroof_arbratatouille.html

    Michel, agriculteur dans l’Ain :


    « Je suis agriculteur dans le nord de l’Ain, en Bresse. J’ai 76ha de cultures (méteil, soja…) et 35ha de prairies. Je fais de l’engraissement et des poulets de Bresse.


    J’avais suivi à l’automne 2008 une formation de 2 jours avec le CETA local sur les Techniques Culturales Simplifiées. A l’époque, j’avais 40ha de cultures avec labour (céréales d’automne et maïs) et j’ai alors fait la moitié de ma surface en non-labour. Puis au bout de 3 ans, j’ai complètement arrêté le labour et mis en place des couverts en interculture. A ce moment là, j’ai commencé à avoir une baisse de rendement (de 60 à 30 quintaux) et donc de résultat. Ma trésorerie s’est dégradée. Je n’avais plus de filet de sécurité car j’avais vendu ma charrue à un voisin qui en avait besoin et j’étais envahi par les mauvaises herbes. Je faisais un désherbage en post-semis mais il y avait toujours des herbes qui restaient en surface.

    J’étais alors un des rares dans la région à faire du non-labour. Dans mon CETA, les autres agriculteurs étaient en conventionnel et utilisaient du rondup pour lutter contre l’enherbement. Moi, je voulais limiter mes traitements phyto. Les conseils que j’ai reçus n’ont pas été à la hauteur. Mon problème de désherbage n’intéressait personne, je me suis senti tout seul.

    Ça m’a pris 3 ans à redresser la barre, en réfléchissant, en me formant (AFOCG, RAD…). Je suis allé chercher différents avis. Comme je suis un peu têtu, j’ai continué. J’aime bien expérimenter, voir ce que l’on nous dit si ça marche ou pas. Maintenant, je fais du travail superficiel du sol, pas de semis direct comme la méthode prônée par certains. J’ai adapté les méthodes à mon contexte. Ma terre est plus fine et je peux travailler plus vite.


    Avec le recul et la formation suivie à l’AFOCG, je me dit qu’il faut du temps pour se rendre compte des modifications induites par un changement de pratique, les comprendre et observer les premiers résultats. Quand on change de pratiques, c’est bien d’avoir un suivi sur la durée car c’est un réel changement de système. »

    Ce qui a été mis en place dans les Afocg

    Jean-Luc, animateur-formateur à l’Afocg de l’Ain :

    « Dans l’Ain, nous avons organisé plusieurs formations autour de l’agro-écologique et du changement de pratiques : par exemple dans les années 2000 sur l’optimisation du pâturage ; en 2012/2013 sur l’incidence du changement de pratiques agronomiques sur son système ; et l’année dernière sur une sensibilisation à l’agroécologie interrogeant les directions dans lesquelles les agriculteurs participants voulaient faire évoluer leurs pratiques. Nous avons travaillé en groupe sur les changements engagés ou souhaités et leurs conséquences, sur ce que chacun avait à gagner et à perdre et sur l’impact global sur son système. L’échange de pratique a aidé chacun à trouver ses solutions.


    Les enseignants que nous retirons de ces formations :

    • Des connaissances de base nécessaires
    L’agro-écologie s’appuie sur une masse de savoirs tout aussi complexes que passionnants pour qui veut s’y intéresser. Les agriculteurs constatent souvent qu’ils n’ont pas appris ça à l’école, qu’il s’agit d’un univers nouveau pour eux. Du point de vue de la formation, ça veut dire :
    - qu’il y a un gros besoin de formation continue pour comprendre les mécanismes agro-écologiques à l’œuvre et les pratiques qui peuvent en déboucher
    - qu’il y a nécessité d’avoir des intervenants pointus et pédagogues
    - qu’il y a un risque de se noyer dans cette complexité, en rendant le passage à l’action difficile et en y passant tout le temps de la formation
    • La prise de décision et l’approche projet
    Chaque agriculteur est différent dans sa façon d’appréhender le changement, de prendre ses décisions : il y a le fonceur, celui qui essuie les plâtres, et le prudent, qui avance à pas comptés. Et tous les autres. Avec tous, nous essayons d’interpeler sur l’étude d’hypothèses de changement en appréhendant les conséquences chiffrées et non chiffrées. Les outils de gestion mis en œuvre (budget partiel notamment) et les échanges ont constitué une aide à la décision, tout en valorisant et confortant les données (notamment techniques et pratiques) abordées en début de formation.
    Le témoignage d’agriculteurs qui ont changé de système peut être pertinent pour percevoir les réactions en chaine. L’entrée gestion, chiffrage, prévisionnel, indicateurs… a sans doute toute sa place. Le changement de pratiques peut être un changement majeur type diversification, association, embauche… qui mérite d’être abordé comme un projet à part entière. Changer de pratique n’est peut-être pas suffisamment assimilé à un projet.
    • L’approche systémique
    Elle est présente dans la démarche de prise de décision évoquée précédemment, qui mêle le chiffré et le non chiffré (technique, travail, mécanisation…). Pour autant, elle est très difficile à mettre en œuvre en formation. Nous parlons de processus naturels dont les résultats ne sont pas certains, dont les cycles peuvent être longs… La question des transitions entre un système et un autre est entière.
    Nous parlons aussi de cohérence à construire. Par exemple, l’association de cultures dans une parcelle peut présenter de nombreux avantages notamment une productivité accrue, mais peut nécessiter un semoir avec deux trémies (petite et grosses graines), un matériel pour séparer les graines après la récolte, un débouché pour chaque graine…
    • L’expérimentation, l’observation, l’échange de pratiques
    Les compétences s’acquièrent en pratiquant, en expérimentant, en observant et en échangeant avec les autres.

    En conclusion, ne cherchons pas la formation parfaite en matière d’agro-écologie, elle n’existe pas… Il s’agit plutôt d’offrir aux agriculteurs une multitude de ressources et de façons de raisonner qu’ils pourront solliciter le moment venu.»

    Réactions des participants

    « L’agroécologie, c’est l’agriculture du présent et du futur, c’est inventer de nouveaux systèmes. C’est observer et comprendre. Chacun y va à son rythme, le côté expérimental nous convient bien, elle insiste sur l’interaction entre la Nature et les humains. »

    « L’agroforesterie, c’est intéressant mais il y a des freins (administratifs, techniques…). C’est un travail à très long terme, il faut réfléchir avec une autre échelle de temps. »

    « L’agroécologie, c’est réussir à combiner avancées technologiques et savoirs-faires ancestraux. Il existe des ressources à mobiliser. C’est une approche ascendante avec une capitalisation de terrain »

    « Etre innovant et en même temps prudent, c’est une vigilance et un état d’esprit au quotidien. Même si ce n’est pas évident, on essaie quand même. »